Lancé en 2023 le programme Tims révèle les résultats de sa mesure d’impact après près de 4 ans de déploiement. Une méthodologie inédite pour des résultats concrets. Soazig Rouillard, coordinatrice du programme, nous livre les enseignements clés de ce travail d’évaluation.
Publié le 2 juin 2026
Comment avez-vous construit la méthodologie d’évaluation du programme Tims ?
Dès le départ, nous avons fait le choix d’intégrer l’évaluation comme un pilier structurant du programme et avons conçu une démarche inédite reposant sur un référentiel commun et un dispositif de collecte qui permet de suivre les effets sur le terrain dans le temps. Une combinaison de données quantitatives et qualitatives ont été suivies par le programme. Au total, 662 actions mises en œuvre au sein de 69 projets sur toute la France, ont été analysées. C’est une première à cette échelle pour la mobilité durable et inclusive.
Qu’est-ce qui garantit la fiabilité de la mesure d’impact ?
Nous avons ensuite confié la mesure d’impact à l’agence indépendante Ellyx pour assurer une approche rigoureuse. La méthodologie a reposé sur quatre étapes : un cadrage co-construit, la définition d’outils de collecte, l’analyse de données internes et la collecte de données externes. Au total, nous avons mobilisé des données issues de 363 bénéficiaires, 69 porteurs de projets et mené 32 entretiens qualitatifs dans trois territoires. Cette combinaison de données quantitatives et qualitatives permet une analyse fine, croisée et représentative.
Quels sont les principaux enseignements concernant les publics accompagnés ?
Le programme atteint bien sa cible : les personnes en précarité-mobilité. Les bénéficiaires cumulent souvent plusieurs freins, notamment le prix des transports, le manque d’information ou des contraintes de santé. Ces difficultés ont des conséquences très concrètes, comme le renoncement à un emploi, à des soins, des démarches administratives ou encore à des loisirs et à une vie sociale. La mesure d’impact montre que l’accompagnement par le programme Tims permet de répondre à ces enjeux de manière adaptée.
Quels résultats concrets observez-vous sur leurs pratiques de mobilité ?
Les résultats sont très nets. 65 % des personnes accompagnées déclarent se déplacer plus facilement, en combinant en moyenne deux à trois solutions de mobilité. Six mois après l’accompagnement, plus d’une personne sur deux continue d’utiliser ces solutions, qu’il s’agisse des transports en commun, du vélo, de la marche ou du covoiturage. Cela montre que les changements s’inscrivent dans la durée. Pouvoir se déplacer permet aux gens d’accéder à des droits et des services : 64 % des personnes accompagnées se sont rendues au travail ou à une formation, 59 % ont eu accès aux soins et 69 % ont pu accomplir des démarches administratives. On observe aussi une amélioration du bien-être : 75 % des bénéficiaires évoquent une meilleure qualité de vie, 86 % se sentent plus autonomes et plus de la moitié moins isolés.
Le programme a-t-il également un impact environnemental ?
Oui, et il est significatif. L’évaluation estime à 200 000 tonnes équivalentes CO₂ les émissions évitées, ainsi que 800 GWh d’énergie économisés. Pour donner un ordre de grandeur, ces chiffres correspondent respectivement à 97 000 vols Paris-New York ou à l’équivalent de la consommation d’électricité annuelle de la communauté d’agglomération de la Rochelle. Par ailleurs, 70 % des bénéficiaires ont adopté des modes de transport plus durables. Cela confirme que transition énergétique et inclusion sociale peuvent avancer ensemble. Par ailleurs, l’accompagnement du programme a permis un changement de perception de la mobilité durable pour les bénéficiaires : 63 % des personnes accompagnées ont déclaré en avoir à présent une image plus positive.
Et concernant les politiques publiques ?
Tims agit aussi comme un accélérateur pour les politiques publiques, sur lesquelles. 59 % des porteurs de projets constatent un impact direct. Le programme renforce les compétences des collectivités, structure les dynamiques locales et favorise l’émergence de stratégies territoriales. La coopération entre les collectivités et les associations qui agissent sur leur territoire est un moteur qui permet de mobiliser plus largement les acteurs locaux.
Quel enseignement principal retenez-vous ?
Un changement de pratiques est possible à condition d’inscrire l’accompagnement dans la durée et de proposer des solutions adaptées. La mobilité durable est un puissant levier d’inclusion, et nous sommes aujourd’hui face à un enjeu majeur : amplifier cette dynamique pour garantir une mobilité décarbonée et accessible à toutes et tous, notamment dans un contexte de crise énergétique.