Retour d'expérience

Haute-Corrèze Communauté : repenser les mobilités depuis le marché du village

Fantine Bruneau et Cédric Aylic Petit étaient respectivement cheffe de projet mobilité et chargé d'innovation territoriale au Sein de Haute-Corrèze Communauté lorsqu'ils ont conduit ensemble une démarche de concertation originale. L'enjeu : construire un plan de mobilité ancré dans les besoins réels de ce territoire de l’ultra-ruralité.

Publié le 10 juin 2026

Un rapide portrait de Haute-Corrèze Communauté ?

Fantine Bruneau : Haute-Corrèze Communauté est le 4e EPCI de France en termes de superficie et compte 70 communes, dont la principale est Ussel. Grand par la taille… mais très peu dense : nous ne comptons que 18 habitants au kilomètre carré ! C’est un territoire très rural et particulièrement dépendant de la voiture individuelle, avec un réseau de transports en commun sous-développé : quelques lignes de car, et deux lignes de train pour quatre gares. C’est ce manque de solutions de déplacements collectives qui a incité la communauté à prendre la compétence mobilité en mars 2021 avec l’objectif de construire un plan de mobilité simplifié (PDMS).

Ce plan s’est appuyé sur la participation citoyenne. Pourquoi ce choix ?

Cédric Aylic Petit : Tout simplement parce que nous sommes convaincus qu’il n’est pas possible de créer des services publics sans comprendre quels sont les besoins. Et pour cela les données froides de l’Insee, des Plans locaux d’urbanismes ou des schémas de cohérence territoriale ne suffisent pas. Il faut avant tout écouter les attentes des habitants. Le risque sinon c’est d’investir dans l’inutile.

Comment s’est déroulée la concertation ?

C.A.P. : Le territoire est tellement grand qu’on ne peut pas faire de la concertation depuis le siège de la communauté, situé sur une zone d’activité où personne ne vient. Et nous ne pouvions pas nous satisfaire uniquement de questionnaires numériques, qui ne fonctionnent pas dans notre contexte rural.

F.B. : Alors nous sommes partis en tournée, avec une idée en tête : aller à la rencontre des habitants pour leur demander quelles solutions leurs semblaient les plus pertinentes face à l’autosolisme. Pour ce faire, nous avons conçu le stand le plus attractif possible – avec des cartes du territoire, des illustrations anciennes, des collages et un système de vote ludique. Puis nous avons écumé les marchés et les événements culturels. Au total, nous avons consulté 800 personnes sur les 34 000 habitants de l’EPCI. Cette démarche « d’aller vers » s’est complétée d’un questionnaire accessible à tous et d’un autre dédié aux lycéens et aux étudiants.

C.A.P. : Nous avons aussi déployé le stand pour nos élus qui, jusque-là n’étaient pas particulièrement attentifs aux questions de mobilité. Ça leur a permis de se rendre compte de l’écart entre les besoins de la population et la vision qu’ils en avaient.

Quelle a été l’issue de cette démarche ?

C.A.P. : Forts de ces données en prise réelle avec les habitants nous avons construit un plan mobilités articulé autour de trois piliers. D’abord la création de nouveaux services adaptés à la population – dont un transport à la demande, baptisé le Tacot qui a été lancé en mars. Nous avons également mis l’accent sur la communication, notamment via un poster présentant toutes les solutions de mobilité du territoire dans un format « plan de métro à la campagne ».  Le troisième axe concerne le déploiement de points d’intermodalité qui relient les différentes mobilités existantes et à venir : c’est ce qu’on appelle le « relais des mobilités », un mobilier qui regroupe arrêt de bus, abri, station d’autoréparation de vélo et bloc d’information complet.

F.B. : Une deuxième tournée a été organisée pour restituer les résultats aux habitants dans un esprit de redevabilité. Nous en avons profité pour co-construire le relais des mobilités avec eux — en leur proposant de choisir les services prioritaires pour leur village, du plus simple au plus ambitieux. Aujourd’hui un premier relais est en place à Meymac depuis bientôt un an et il rencontre un vrai succès. Plusieurs mairies se sont montrées intéressées et il devrait donc être déployé à plus grande échelle. Une version simplifiée est également en cours de développement pour les plus petites communes.

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