En juin 2024, plusieurs centaines de millions de citoyens européens se rendront aux urnes pour élire leurs représentants à Bruxelles et Strasbourg. La composition du futur Parlement européen sera déterminante pour maintenir l’ambition du Pacte vert pour une mobilité durable et inclusive.
Publié le 22 avril 2024
Les cinq dernières années ont permis à l’Union européenne de légiférer pour faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone au plus tard en 2050. Plus de 40 textes ont été adoptés en tout depuis 2019 dont la fin de la vente des voitures à moteur thermique actée pour 2035. “C’est une victoire de taille pour la décarbonation des transports qui représente aujourd’hui 27 % des émissions à l’échelle de l’Union européenne, estime Pierre Leflaive, Responsable Transports du Réseau Action Climat. Cette échéance pose un cap clair et permet aux constructeurs de réorienter leur offre.”
L’enjeu est de réduire notre dépendance à la voiture thermique, pour le climat mais aussi pour lutter contre la précarité.
En France, 13,3 millions de personnes sont en situation de précarité mobilité selon la Fondation pour la nature et l’homme. Si la crise des Gilets Jaunes en 2019 a permis d’identifier cette problématique dans notre pays – carburant trop cher, absence de modes de transport alternatifs – ce n’est pas le cas dans la plupart des pays d’Europe. Le prochain mandat doit permettre de poursuivre l’action européenne de façon coordonnée et solidaire pour une transition écologique juste.
Pour démocratiser la voiture électrique en Europe, beaucoup reste à faire : il s’agit de renforcer le réseau de bornes de recharge mais aussi et surtout d’inciter les constructeurs automobiles européens à construire des véhicules électriques plus légers et moins chers : “Tout le monde s’est aligné sur le modèle allemand pour produire des véhicules haut-de-gamme, trop lourds et gourmands en carburant”, dénonce Pierre Leflaive. Les alternatives aux SUV tardent à se développer. En France, une offre de location longue durée de voitures électriques à 100 euros par mois destinée aux ménages modestes a été expérimentée début 2024 Un dispositif innovant mais coûteux qui pourrait être pérennisé si le coût des véhicules électriques diminuait. Autre levier européen : les entreprises qui jouent trois fois moins le jeu de l’électrique que les particuliers pour renouveler leur flotte professionnelle.
Quelle alternative pour laisser la voiture au garage ? En Europe, il faut aujourd’hui densifier les réseaux ferroviaires et les moderniser, en incitant les Etats à investir dans les petits lignes du quotidien et les trains de nuit pour les longs trajets. L’enjeu là aussi est financier pour les citoyens : “Le train reste trop cher. Il faut améliorer les politiques de tarification, introduire des tarifs solidaires. En Europe, le Portugal, l’Autriche ou encore l’Allemagne sont des exemples à suivre”, observe Pierre Leflaive. À Vienne, le gouvernement a mis en place un “KlimaTicket », un abonnement annuel qui permet de prendre en illimité, tous les types de trains, bus, tram ou métro à travers le pays. “Une vraie alternative à la voiture, accessible et inclusive”.
Cette nouvelle mandature doit permettre de prendre des positions fortes : d’abord pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables sans quoi les véhicules électriques ne seront pas réellement décarbonés. Enfin, pour traquer le passager clandestin de la politique climatique : l’avion. “L’avion bénéficie de nombreuses niches fiscales. Nous souhaitons que l’Europe y mette fin. Cela permettrait de réduire les déplacements des plus riches en avion, qui sont d’ailleurs repartis à la hausse, et de financer un grand plan d’investissement pour le ferroviaire.” conclut la spécialiste du Réseau Action Climat.