Parfois encore perçue comme réservée aux ménages aisés des grandes villes, la mobilité électrique gagne du terrain, y compris dans les ruralités. Leasing social, location de vélos ou véhicules intermédiaires, autopartage… Retour sur les enseignements du webinaire « Mobilité électrique et inclusive : comment rendre la mobilité électrique vraiment accessible à toutes et tous ? ».
Publié le 3 novembre 2026
En septembre, l’électrique a atteint 42 % des immatriculations de voitures neuves en France, soit +77 % par rapport à 2025. « Pour la première fois, l’électrique est la première technologie vendue. Sans parler de bascule, quelque chose est en train de se produire, assure Clément Molizon, délégué général d’Avere-France[1]. La guerre en Iran et la crise du détroit d’Ormuz ont été un accélérateur de prise de décision pour ceux qui hésitaient à passer à l’électrique. » Les ménages précaires, les plus exposés à l’augmentation des prix des produits pétroliers, se tournent de plus en plus vers le marché de l’occasion.
Dépasser les idées reçues
Prix d’achat, entretien, autonomie… La voiture électrique charrie son lot d’inquiétudes. Sur les plus petits et plus gros véhicules, certains modèles sont moins chers que leur équivalent thermique. Mais sur les citadines, l’écart reste d’environ 10 000 euros. « Proposer des prix plus compétitifs dans cette gamme constitue un vrai levier pour démocratiser la mobilité électrique », estime Clément Molizon. Autre impératif : faire baisser le prix du neuf pour voir fléchir celui de l’occasion et rétablir la prime à la conversion pour faciliter l’acquisition d’une électrique. Quant à l’installation d’une borne de recharge en maison individuelle, son coût avoisine les 1000 euros. Chez un bailleur social, entre 1 500 et 2 500. « Notre volonté c’est de pouvoir aider les classes moyennes et précaires qui vivent en maison et pour lesquelles cela peut représenter un effort substantiel. » À rebours d’une image tenace qui l’associe aux petits trajets urbains, l’électrique perce davantage en zones périurbaines et rurales. Selon une étude d’Avere-France publiée en juin 2025, 61 % des mini-citadines électriques neuves sont vendues en zone rurale, contre 46 % en milieu urbain. « Toutes les voitures électriques actuelles ont l’autonomie pour faire 50-100 km par jour. Cela permet d’avoir une rentabilité économique et un remboursement de la dette carbone de son véhicule électrique plus rapide dans ces territoires », complète-il.
Le leasing social : une aide ciblée
Lancé en 2024 pour soutenir le développement de la mobilité électrique décarbonée, le leasing social permet aux ménages modestes de louer une voiture électrique neuve sur une longue durée pour 200 euros TTC maximum par mois. « L’idée, c’est d’avoir un budget mobilité maîtrisé et prévisible », explique Hana Elgerzawy, chargée d’analyse et de valorisation Leasing Social à l’Ademe. La troisième édition, lancée en juillet 2026 a assoupli les critères d’exigibilité : revenu fiscal de référence relevé à 16 880 euros, distance domicile-travail abaissée à 10km, et kilométrage annuel inclus rehaussé à 15 000 km. Fin septembre, 34 000 dossiers avaient été enregistrés sur les 50 000 prévus. Si ces chiffres confirment l’attrait des ménages pour ce dispositif, les ménages précaires restent sous-représentés : « En 2025, ceux appartenant aux déciles 1 et 2[2] n’ont représenté qu’environ 20 % des bénéficiaires », commente-t-elle.
En zones rurales, une électromobilité solidaire
Dans les ruralités, les collectivités inventent d’autres réponses pour rendre accessible la mobilité décarbonée aux plus modestes. Depuis 2022, Le Pays de Lumbres loue des véhicules électriques pour 1 euro de l’heure. 1430 trajets ont été effectués en 2025. La communauté de communes Combrailles Sioule et Morge a lancé une solution d’autopartage électrique. Dans le cadre du programme Tims, la communauté de communes de Vezère Monédières Millesources expérimente la location de véhicules intermédiaires à assistance électrique (vélo cargo, vélo bus, vélo caréné, quadricycle) et de mini-voitures électriques pour les trajets du quotidien. « Des véhicules moins coûteux, plus légers, plus durables et beaucoup moins consommateurs d’énergie », souligne Franz Breitenbach, chargé de mission Mobilité douce. Autant d’initiatives qui montrent qu’une mobilité durable et inclusive pour toutes et tous se construit au plus près des besoins et des réalités locales.
[1] Association nationale pour le développement de la mobilité électrique.
[2] Niveau de vie moyen entre 9 960 et 15 890 euros.