Retour d'expérience

Dans le Doubs, un transport d’utilité sociale au service de l’insertion et la santé

En Bourgogne-Franche-Comté, le Pays du Maîche est un territoire rural dépourvu de transport en commun. Dans le cadre d’un accompagnement du programme Tims, l’association Re Bon et la Communauté de Communes déploient un service de transport solidaire géré par des salariés en insertion et bénévoles depuis 2023.

Publié le 13 mai 2026

Territoire frontalier de la Suisse, le Pays du Maîche s’étend sur 380 kilomètres carrés. 18 577 habitants y sont répartis sur 42 communes. Ici, pas de gare ferroviaire à moins d’une heure de route. « Une ligne de bus régionale assure la liaison entre Montbéliard et Pontarlier, avec deux à trois passages par jour, ce qui limite les déplacements, explique Céline Renaud, directrice de l’association Re Bon. Nous avons une grosse problématique de transport pour les personnes qui ne sont pas véhiculées. » Partant de ce constat, Re Bon et la Communauté de Communes du Pays du Maîche (CCPM) décident d’agir. Une enquête terrain est menée pour identifier les besoins de mobilité des citoyens. Très vite, une solution se dessine : un transport d’utilité sociale (TUS). Son nom ? Allô Kangourou « pour l’image de transporter quelqu’un comme l’animal dans sa poche ».

Un transport à la demande pour toutes et tous

 Dès 2023, un véhicule Kangoo de couleur roule circule sur le territoire à raison de trois jours par semaine. Après avoir réservé leur trajet, les habitants sont récupérés sur le pas de leur porte et emmenés où bon leur semble. Certains sollicitent Allô Kangourou pour faire des courses ou rendre visite à leurs proches. « Une mamie emprunte le service pour aller à son cours de yoga », remarque Céline Renaud. Pour faire connaître l’offre et cibler les bénéficiaires potentiels, Re Bon et la CCPM s’appuient sur les élus locaux. Médecins généralistes, partenaires sociaux et associations sont mobilisés pour relayer l’information. Le TUS fait aussi l’objet d’une communication sur les réseaux sociaux et dans les journaux locaux. Dès les premiers mois, les appels affluent. Si 75 % du public a plus de 75 ans, ce service solidaire s’adresse à tous les âges et milieux sociaux. « Il y a des personnes précaires qui ne disposent pas de véhicule ou d’un seul par foyer, et des jeunes qui n’ont pas encore le permis et doivent se rendre à la mission locale ou suivre une formation. » Facturé 30 centimes du kilomètre, le trajet est plafonné à quatre euros maximum par course.

Améliorer l’accès à la santé

Depuis 2024, Allô Kangourou a renforcé son offre en proposant des trajets dédiés aux rendez-vous médicaux hors du territoire de la Communauté de Communes, sous-côté en spécialistes. « Le programme Tims nous a permis d’augmenter notre périmètre d’action et de financier l’achat d’un deuxième véhicule », signale-t-elle. Lundi et vendredi, les voitures sillonnent les routes en direction de Belfort, Montbéliard, Besançon et Valdahon. Le transport est assuré par une douzaine de bénévoles de l’association. En 2025, les 152 voyages réalisés au-delà des frontières de la CCPM ont permis à 71 usagers d’aller consulter des médecins.

Le programme Tims nous a permis d’augmenter notre périmètre d’action et de financier l’achat d’un deuxième véhicule

Céline Renaud

Directrice de l’association Re Bon

Le transport solidaire comme levier d’insertion

Les habitants peuvent réserver un trajet pour le lendemain par téléphone. Du lundi au vendredi, une permanence est assurée dans les locaux de Re Bon. Créé en 2019, cette association a su se positionner comme un acteur majeur de l’économie sociale et solidaire du Pays de Maîche à travers ses chantiers dinsertion. En plus de son activité de recyclerie, le TUS lui permet de proposer d’autres missions aux personnes éloignés de l’emploi : conduire les véhicules, définir les trajets, gérer la base de données pour mutualiser les voyages et réduire les émissions. « Le matin, les salariés en insertion prennent les appels, l’après-midi, c’est ma collègue embauchée dans le cadre du programme Tims », commente Céline Renaud.

Sur l’année 2025, 2025, 146 usagers ont pu réaliser 1795 trajets grâce à ce mode de transport solidaire. « Ce TUS leur permet de rester autonomes dans leurs déplacements pour satisfaire leurs besoins essentiels » : se nourrir, se soigner, socialiser. Pour les salariés, sinvestir dans cette mission solidaire est un moyen de « développer de nouvelles compétences et de reprendre confiance ». Allô Kangourou s’adresse aussi à eux car « l’un des principaux freins qu’ils rencontrent, c’est la mobilité. »

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