Décryptage

Intégrer une approche sociale dans son diagnostic territorial de mobilité

Rarement intégré aux diagnostics territoriaux de mobilité, l’angle social permet pourtant de mieux approcher les vulnérabilités de son territoire et d’adapter les solutions de mobilité aux réalités locales. Décryptage avec Sonia Devaux, responsable de projets mobilité durable et inclusive pour Cler solutions.

Publié le 3 mars 2026

« Un diagnostic classique analyse les grandes caractéristiques du territoire, les déplacements et leurs évolutions », introduit Sonia Devaux. Il évalue les infrastructures et offres de mobilité existantes (transports en commun, pistes cyclables, aires de covoiturage), analyse les usages associés et leur impact environnemental (émissions de gaz à effet de serre, qualité de l’air, artificialisation des sols). « Cette approche a ses limites car elle peut négliger les inégalités d’accès et d’usage, et par conséquent invisibiliser certains publics. » Dépendance à la voiture, allongement des distances, monoparentalité, handicap, précarité économique… Les diagnostics territoriaux de mobilité négligent encore trop souvent ces données sur les vulnérabilités sociales et la précarité mobilité.

Mettre le facteur humain au centre

Dans le cadre du programme Tims, neuf territoires à mobilité durable et inclusive ont été sélectionnés pour repenser la planification de leur politique de mobilité. « Réaliser un diagnostic plus social implique un changement de posture vers une approche systémique qui place la question de l’inclusion et de la justice sociale au cœur du processus », soutient Sonia Devaux. Parmi les bonnes pratiques identifiées : la mobilisation d’un écosystème d’acteurs plus large pour toucher les publics en situation de précarité-mobilité. France Travail, associations, bailleurs sociaux, missions locales, centres sociaux et de formation… « Il faut travailler avec ces acteurs relais, ces tiers de confiance qui ont des liens avec ces publics. » Autre nécessité : aller vers les bénéficiaires et usagers des solutions de mobilité via des enquêtes qualitatives. La communauté de communes de la Vallée de Kaysersberg a organisé des ateliers réunissant citoyens, élus et différents acteurs sociaux locaux. « 

L’animation territoriale permet de co-construire des solutions adaptées aux besoins des habitants, en particulier des plus fragiles et vulnérables. Cela amène aussi une compréhension plus fine des freins à la mobilité.

Sonia Devaux

Responsable de projets mobilité durable et inclusive

Relier mobilité durable et mobilité inclusive

Le département de la Meuse envisage de créer un hub de mobilité au sein de la gare Meuse TGV pour accompagner les publics vers les solutions de mobilité durable existantes. L’Agence Locale de l’Énergie et du Climat de l’Ain a réalisé une cartographie sociale des logements sociaux, établissements de santé, zones d’emploi par rapport aux services de mobilité. Car l’accès à la santé, aux services, aux loisirs et à tous les aspects de la vie quotidienne peuvent être les « angles morts » des exercices locaux de planification. « Tant qu’il n’y aura pas cette réflexion sur l’ensemble des publics, des freins et une définition de la précarité plus large que celle de l’accès à l’emploi, il n’y aura pas de solutions véritablement inclusives », conclut Sonia Devaux.

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