Né en 2024 via le programme Tims, le métier de conseiller en mobilité durable et inclusive est le fruit d’un long cheminement débuté dans les années 90. D’actions isolées à la structuration d’un métier, retour sur plus de 30 ans d’engagement en faveur de la mobilité pour tous.
Publié le 26 février 2026
Printemps 1998, La Roue de secours voit le jour à Besançon. L’association répond aux difficultés de déplacement en louant à bas prix des mobylettes. La réponse, « immédiate et réactive », est emblématique des solutions de mobilité proposées à l’époque. « Dans les années 90, la mobilité était déjà un frein à l’emploi pour les personnes les plus en précarité, rappelle Hugues Menant, directeur de La Roue de secours depuis 25 ans et formateur Conseil en mobilité insertion (CEMI). C’est ce qui a motivé des associations comme nous, des centres communaux d’action sociale (CCAS), des Missions locales et des structures d’insertion par l’activité économique (IAE) à faire de la location solidaire, à proposer du soutien au permis, à ouvrir des garages solidaires ou encore à mettre en place du transport adapté. »
Soutenus par les collectivités locales et l’Etat, les acteurs associatifs se dotent de compétences adaptées afin de favoriser la mobilité vers l’emploi. Progressivement, ils conçoivent et construisent de nouveaux métiers tels que formateur en auto-école sociale ou loueur solidaire. En parallèle, d’autres actions, axées sur le savoir bouger, se développent : lire un plan de ville ou un plan de transports en commun, se repérer dans une ville ou dans une gare, préparer le permis de conduire malgré une maîtrise limitée du français… Ces différentes initiatives sont alors menées un peu partout en France, de façon éparse et non concertée.
Dans les années 90, la mobilité était déjà un frein à l’emploi pour les personnes les plus en précarité
Le diagnostic mobilité, l’outil-clé de l’accompagnement
Au début des années 2000, à la faveur de rencontres nationales, les professionnels font le constat que « pour apporter des solutions de mobilité qui durent dans le temps et qui permettent aux personnes d’être autonomes, il est nécessaire de comprendre leur situation globale », se souvient Didier Luces, directeur de l’association Mobilex depuis 1997, également formateur CEMI. Ce contexte fait émerger le métier de conseiller en mobilité insertion (CEMI) et amène à mieux prendre en compte le diagnostic mobilité. Utilisé pour proposer un parcours mobilité adapté aux besoins et aux attentes des personnes, le diagnostic mobilité porte sur les représentations, les appréhensions, les compétences, les habitudes, les ressources et les accès à la mobilité. Il constitue aujourd’hui le socle de formation des CEMI.
Du côté de La Roue de secours, à l’instar d’autres structures de la mobilité, le début des années 2010 est marqué par un tournant majeur : l’association devient une plateforme de mobilité réunissant le pouvoir et le savoir bouger. L’accompagnement est au cœur de ces dispositifs. Il devient nécessaire de recruter et de former des conseillers en mobilité insertion (CEMI). Assez réduite à l’époque, l’offre se structure peu à peu grâce à des têtes de réseau comme Mob’In et sa formation courte Les fondamentaux du conseil en mobilité insertion qui propose depuis 2021 un socle de base aux professionnels. Réunis durant quatre jours, ces derniers se familiarisent au cadre d’action de la mobilité inclusive et à son environnement partenarial. Ils acquièrent des connaissances sur le rôle du CEMI dans le parcours mobilité, et apprennent à mobiliser les outils d’accompagnement, principalement sur le volet individuel. L’un des enjeux de la formation est de faire comprendre qu’il ne suffit pas qu’une solution de mobilité existe pour qu’elle soit utilisée, tout comme il ne suffit pas qu’une solution soit connue pour qu’elle soit adoptée.
Le conseiller mobilité face au réchauffement climatique
Au début des années 2020, face aux effets du réchauffement climatique, la mobilité devient un enjeu sociétal. Aux notions d’inclusion et d’insertion s’ajoutent celles de durabilité et de mobilités actives. Le rôle des CEMI se restructure autour d’un nouveau métier : conseiller en mobilité durable et inclusive. Le panel de solutions, en rupture avec le thermique et l’auto-solisme, rend l’accompagnement au changement central.« Il faut convaincre que ce n’est pas un truc de bobos et que ce sont des moyens de déplacements à la fois efficaces et économiquement plus abordables », explique Didier Luces. Lancée en 2024 par le programme Tims, la formation Conseiller en mobilité durable et inclusive apporte de nouveaux outils aux professionnels. « Pour nous ça a été un accélérateur et un incubateur d’idées, salue Hugues Menant. En 2026, nous allons d’ailleurs faire remplir à nos bénéficiaires un questionnaire sur l’écomobilité. C’est une nouvelle brique de notre diagnostic mobilité. »