La Communauté de communes du Territoire Nord Picardie, qui regroupe 65 communes et 31 582 habitants autour de Doullens, est un territoire rural, désindustrialisé, qui cumule les fragilités sociales et économiques. C’est ici qu’agit la Maison des Mobilités et des Services portée par l’association Somme Emploi Service - Innovation Sociale & Solidaire (SESISS).
Publié le 20 janvier 2026
« À Doullens et dans ses alentours, les déplacements sont un sujet sensible », résume Antoine Patin, référent mobilité de SESISS. Le territoire est en effet dépourvu de voie ferrée et son réseau de transport collectif est très limité. La dépendance à la voiture individuelle est quasi totale, d’autant plus que le relief vallonné n’encourage pas la pratique du vélo. Et quand la voiture est hors de portée financièrement, c’est l’emploi qui est compromis, mais aussi toute la vie sociale. Face à cette situation, la Maison des Mobilités et des Services cherche à apporter des réponses qui conjuguent accessibilité et durabilité, notamment en encourageant le recours aux mobilités actives.
Développée par l’association Somme Emploi Service – Innovation Sociale & Solidaire (SESISS), la Maison des Mobilités et des Services a vu le jour en septembre 2024 grâce à un financement obtenu dans le cadre du programme Tims.
De l’atelier roulant…
Pour toucher les habitants et rendre la mobilité concrète, la structure a choisi une entrée très opérationnelle : un atelier vélo solidaire et participatif itinérant. Basé à Doullens, il se déplace sur l’ensemble des 65 communes du territoire, qui ne comptait plus aucun vélociste. « L’atelier propose deux modalités : l’autoréparation gratuite accompagnée ou un service de réparation à tarif unique, fixé à 5 euros », explique Antoine Patin. « Environ 150 usagers réguliers fréquentent aujourd’hui l’atelier, auxquels s’ajoutent des passages ponctuels lors des déplacements sur les marchés ou les événements locaux », ajoute Antoine Patin. De plus, en un an, 250 vélos ont été récupérés par don et remis en état pour être revendus au prix de 50 euros.
…à l’accompagnement global
Autour de l’atelier ouvert à tous, la Maison des Mobilités a progressivement développé des actions plus ciblées. Des ateliers collectifs sont proposés aux personnes en insertion. Ils abordent les alternatives à la voiture individuelle – transports en commun, covoiturage, vélo – ainsi que les questions de sécurité. « L’argument écologique est important, mais ce n’est pas le premier levier pour nos publics. Ce qui motive, c’est avant tout la dimension pratique. Il faut montrer que ces solutions sont efficaces et désirables, pas des pis-aller », observe Antoine Patin.
Depuis octobre 2024, la structure a franchi une nouvelle étape avec le déploiement d’un dispositif d’accompagnement individuel, exclusivement sur prescription de la Mission locale, France Travail ou Cap Emploi. Chaque prise en charge débute par un diagnostic mobilité, préalable à une éventuelle mise à disposition de véhicules – vélos mécaniques ou électriques, scooters électriques, voiture avec ou sans permis. Ce prêt est strictement encadré : limité à trois mois, il s’inscrit nécessairement dans un projet lié à l’emploi.
Quel avenir pour la Maison des Mobilités ?
Les retours des habitants sont très positifs, mais le modèle n’est pas sans limites. La demande dépasse les capacités actuelles, notamment en matière de véhicules disponibles. « Et surtout, la question de la pérennisation se pose au-delà des trois années de financement Tims, remarque Antoine Patin. Actuellement, nous cherchons activement les moyens de continuer à faire vivre ce service important pour les habitants. »
Ces réflexions n’empêchent pas SESISS de se projeter dans l’avenir. Récemment, un avenant au programme Tims a permis d’étendre les activités de la Maison des Mobilités aux territoires voisins. À plus long terme, la structure envisage également de développer des actions à destination des entreprises : diagnostics mobilité des salariés, accompagnement sur les plans de déplacement, contrôle technique vélo.